18 juin 2009
Marc-Aurèle
" De nombreux grains d'encens sont jetés sur le même autel ; l'un y est tombé plus tôt, l'autre plus tard, mais c'est sans importance. "
Marc-Aurèle, "Pensées pour moi-même", GF, Livre IV, Chapitre XV.
Marc-Aurèle
" N'agis point comme si tu devais vivre des milliers d'années. L'inévitable est sur toi suspendu. Tant que tu vis, tant que cela t'est possible, deviens homme de bien. "
Marc-Aurèle, "Pensées pour moi-même", GF, Livre IV, Chapitre XVII.
22 juin 2008
"La poétique de la rêverie" G.Bachelard, PUF
"Tous les sens s'éveillent et s'harmonisent dans la rêverie poétique. C'est cette polyphonie des sens que la rêverie poétique écoute et que la conscience poétique doit enregistrer." p6
"La rêverie poétique écrite, conduite jusqu'à donner la page littéraire, va au contraire être pour nous une rêverie transmissible, une rêverie inspirante, c'est-à-dire une inspiration à la mesure de nos talents de lecteurs." p7
"L'imagination tente un avenir. Elle est d'abord un facteur d'imprudence qui nous détache des lourdes stabilités." p7
"Un monde se forme dans notre rêverie, un monde qui est notre monde. Et ce monde rêvé nous enseigne des possibilités d'agrandissement de notre être dans cet univers qui est le nôtre. Il y a du futurisme dans tout univers rêvé. Joé Bousquet a écrit : Dans un monde qui naît de lui, l'homme peut tout devenir." p8
17 juin 2008
Wittgenstein
"Ce qui s'exprime dans le langage, nous ne pouvons l'exprimer par le langage."(4.121)
Tractatus logico-philosophicus, Wittgenstein.
Voilà donc cet outil que nous cherchions dans le billet précédent. Les limites du langage sont donc définies par cette impossibilité de pouvoir exprimer ce qui s'exprime dans le langage, du moins nous ne pouvons l'exprimer avec ce même langage. Le langage est par conséquent sa propre limite, là où nous ne pouvons plus "dire", là où le "sens" ne s'exprime plus, eh bien là se trouvent les limites de notre langage. Et comme tout notre monde est du langage, nous ne sommes pas en mesure d'en sortir. La proposition "les limites de mon langage signifient les limites de mon univers" (5.6) nous renvoie donc cruellement à nos finitudes constitutives, l'humain possède un langage, ce langage a des limites, ces limites étanches cerclent son univers.
16 juin 2008
Wittgenstein
"Les limites de mon langage signifient les limites de mon univers" (5.6)
Tractatus logico-philosophicus, Wittgenstein.
Lorsque je suis tombé sur cette phrase merveilleuse, je me suis demandé tout d'abord comment l'on pouvait assigner des limites à un langage, quel outil permet cela? Ensuite le problème du terme "signifient", signifier c'est marquer d'un signe, être le signe de, et par extension exprimer ; sachant que le langage est justement cet acte de l'"exprimer" il y a comme on dit un problème dans cette phrase, car si les limites du langage signifient, c'est-à-dire expriment, les limites de mon univers, cela revient à dire que les limites de mon expression (acte d'exprimer) expriment les limites de mon univers. Mais si les limites de mon expression sont-elles mêmes définies par la capacité de l'"exprimer", le piège du langage se referme une fois de plus, la boucle est vicieuse, bah oui rendez-vous compte qu'utiliser un outil compris dans la limite même de l'"exprimer", du langage, c'est utiliser une méthode analytique aussi limitée que l'objet de son analyse, c'est porter un jugement dit objectif avec des moyens d'analyses qui ne le sont pas. D'où le retour à la première question, quel outil permet d'assigner des limites à mon langage?
En tous cas la correspondance établie entre "mon langage" et "mon univers" fait que je trouve merveilleuse cette proposition. :)
15 février 2008
Nietzsche
"5. Le rêve mal entendu.
Aux tout premiers âges d'une civilisation encore rudimentaire, l'homme a cru découvrir dans le rêve un second monde réel
; c'est là l'origine de toute métaphysique. Sans le rêve, on n'aurait
pas trouvé le moindre motif de couper le monde en deux. La scission de
l'âme et du corps se rattache aussi à la plus archaïque conception du
rêve, tout comme l'hypothèse d'un simulacre corporel de l'âme, en somme
l'origine de toute croyance aux esprits, et de même, vraisemblablement,
de la croyance aux dieux."
F.Nietzsche Humain trop humain Vol1 folio essais.
Ces
lignes pourtant amères, me réconfortent tout de même, car la mission du
philosophe est de dire la vérité, la vérité nue. Après les
enseignements de la psychanalyse notamment, il est difficile
d'attribuer à nos rêves autre chose qu'une gestion organique de nos
ressentis. Il n'y a donc pas d'autre monde où se réfugier, il n'y donc
pas de séparation entre l'âme et le corps, il n'y a donc pas d'esprits
autour de nous, ni de dieux pour nous sauver ou même nous réconforter.
Certes, mais rappelons nous qu'il serait possible à une philosophie
globale de changer la donne. Retenons que nous ne connaissons qu'une
infime partie de l'univers, il suffit pour cela de lire quelques livres
récents de physique, où l'on nous parle de trous noirs où
l'espace-temps se dissout, de matière noire qui compose la quasi
totalité de la masse l'univers et que nous ne connaissons que par
déduction...Loin donc de ce rêve coupable selon Nietzsche, il y a cette
réalité bien présente, bien matérielle, tangible, cette réalité d'un
immense inconnu. Nietzsche se laisse prendre dans cette manie de
catégorisation scientifique, qui souhaite tout classer, ordonner,
agencer. Mais il ne s'agit plus là d'un rêve, mais de l'univers où nous
respirons, où nous ressentons, et tout se comprend par cet univers.
Nous disons donc qu'effectivement ce second monde réel n'existe pas, et
de plus n'a pas besoin d'exister. Maintenant supposer qu'il faille deux
mondes distincts pour émettre l'hypothèse d'une scission de l'âme et du
corps est une théorie erronée. Dans ce monde là où je vis et où je ne
connais qu'une minuscule parcelle spatio-temporelle, où je ne raisonne
que dans un seul contexte physique, comment serait-il possible pour
notre espèce de déterminer si oui ou non une âme se préserve au-delà du
corps, comment serait-il envisageable de dépasser le stade des
hypothèses? Nietzsche parle ici d'archaïsmes, certes, mais il n'en est
pas loin non plus en affirmant que le fait d'avoir un seul monde exclut
de manière certaine toute possibilité de l'existence d'une âme.
Epictète
"Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur ces choses."
Manuel d'Epictète, chapitre V, GF.
Je me pose alors cette question de savoir si nous sommes réellement en mesure d'être maîtres de nos jugements ? A moins qu'Epictète nous demande un changement de point de vue global. Il me semble que de cette manière là, nous pourrions parvenir à non plus une maîtrise de nos jugements, mais à une adéquation avec eux. En effet, si une philosophie permettait une approche globale des choses, et qui convienne à tous et à toutes, alors il ne s'agirait plus d'un effort d'abstraction ou de contrôle permanent sur soi, mais d'une intime évidence qui de fait ne provoquerait aucune frustration. Le problème est donc de changer notre regard sur le monde, et cela d'une façon radicale et durable.
11 février 2008
Aux artistes
"Etant nés, ils veulent vivre et subir leur destin de mort, ou plutôt trouver le repos, et ils laissent après eux des enfants, destins de mort à naître."
Héraclite, §33, fragments d'Héraclite PUF.
Les Hommes une fois nés, souhaitent vivre et subir leur destin, trouver le repos, le calme, la quiétude d'une vie tranquille et bien réglée, sans inconnu. Ils veulent vivre, instinct de vie, animale volition, et sont prêts pour cela à subir la mort, l'inactivité pour Héraclite, dans ce monde en constant changement ils veulent vivre en repos, c'est-à-dire vivre sans vivre vraiment, seulement vivre à la manière de ces nombreuses espèces qui alimentent le cycle des naissances et des morts. Dans cette phrase d'Héraclite, nous voyons bien le cycle qui perdure, mais les Hommes préfèrent opter pour une longévité sans éclats, se conserver et se reproduire, c'est le choix de la sécurité rationnelle. Les artistes le savent la vie ne vaut rien si elle n'est pas une œuvre toute entière, un embrasement de l'âme, les artistes le sentent bien que la raison a ses limites, et que le cœur n'en a point.
10 février 2008
Ryokan
"Une cabane délabrée de quelques mètres carrés,
Toute la journée sans voir personne,
Assis seul devant la fenêtre ; paisible,
On entend juste le bruit des feuilles qui tombent."
Ryokan "Le chemin vide" éditions DERVY, collection chemins de sagesse.
La vérité
"La vérité fait mal parce qu'elle détruit une croyance ; elle ne fait pas mal par elle-même."
31
F.Nietsche La Volonté de puissance tome 1 édition Tel Gallimard.
Voilà le problème qui empêche les hommes authentiques d'élever un pays, cette peur de froisser les velours, quand bien même cela serait pour le bien de tous. Voici donc tous les pays qui se dirigent vers un consensus idéologique, vers la catégorisation de chaque individu, de chaque objet de marketing, nous ne sommes plus des Hommes avec un grand H, mais bel et bien des consommateurs, des moutons bien gardés dans leur enclos, à l'abri du loup. Et où est donc passé notre débat sur l'être, l'Etre avec un grand E? Où sont donc passés les génies qui emportent tout, les bourrasques qui soulèvent, où sont donc cachées les ruines de nos coeurs? La vérité fait mal, la naissance d'un nouveau né malmène la mère, mais se plaindrait-elle un jour de cette vie qu'elle porte? Parfois une souffrance est nécessaire pour atteindre le beau, et la vérité du coeur fait certes souffrir celui qui la porte, mais en échange c'est l'infini qui enchante ses yeux.
La vérité détruit donc des croyances, cela est effrayant, détruire des repères, des marques posées là avant nous, ou par nous, mais à quoi bon avoir peur, nous ne vivons pas de repères ni de cadres, les flambeaux sont des traces, des témoignages, et non des paroles vitrifiées pour toujours. Détruire une croyance n'est-ce pas d'abord s'en être nourri?
L'essentiel est bien là, la vérité nourrit les Hommes tout autant que le pain, détruire une croyance ce n'est au fond qu'apporter un souffle nouveau, une vision pénétrante d'un avenir possible. Les Hommes sans cet horizon perpétuel ne seraient plus des Hommes.
