24 juillet 2008
lutte
la balade se fait à minuit
la mue l'arrachement
la déchirure
sortir
vivre
exploser dégorger les lignes de mots étreindre dans les fluides la réalité
jaillir existant ouvrir les peaux les chairs casser le squelette l'ossature
se trouver se sortir de là s'exténuer dans la lutte primaire
sans être brisé
enfin
vivre
/
parce que tu crois
qu'un château
qu'un carrosse
que des valets
que des sujets
que des esclaves
que ta fortune
t'aideront là où tu vas
tu penses profiter
quand tu gâches
chaque geste
chaque couleur
chaque parfum
chaque musique
tu souris faux
tu parles faux
tu n'existes pas
la poésie
des fleurs des fleurs des fleurs et d'ultimes pétales brochés à ma langue au poitrail du taureau écorché saignant à point
des corbeilles à l'indienne bien garnies et douces si douces autant que du miel que de la peau de fleurs ou mieux encore du nectar de la pulpe de fleurs aussi intenses en bouche que l'entrelacs des sexes opposés des corbeilles disions-nous des corbeilles de roseaux
nous parlons de la poésie du moins ce qui se rapproche de ce terme aussi vague et défaitiste que les autres
je disais donc des fleurs de l'émanation florale en permanence un soupir grandiose à chaque bouffée une greffe d'esprit sur le corps un coup de fouet à ouvrir les entrailles
recomposition
nous vivons dans un temps de sommeil anesthésiés ligaturés comprimés parqués et moi je vous le confie je rêve d'espace de beaucoup d'espace le temps quant à lui j'en ai fait une croix loin très loin larguée derrière mes sandales de cuir
m'étendre à chaque parcelle d'air combler tous les cubes des villes tous les plats des campagnes croître en tous sens lever le béton pénétrer les vieux murs et tout faire sauter tous les verrous pourrir le bois de chaque porte ternir toutes les peintures de plomb décomposer et recomposer le moindre mouvement de vie
Marteau
les trottinettes poussaient des cris vociférateurs d'enfer
ils étaient
là parmi nous ils faisaient des achats non ils ne rachetaient pas une
âme quelconque non ils gueulaient étaient nés pour cela vulgaires
pathétiques affligeants on leur avait dit qu'ils étaient les rois ils
achetaient et par conséquent et en toute inconséquence ils se pensaient
rois et immunisés en quelque sorte pauvres cons
en démolir un pour l'exemple juste comme un panneau d'interdiction
planté au milieu cloué dans le sol en clouer un au marteau de mes bras
de fer qu'ils se taisent un peu leur apprendre la peur la vraie
trouille de leur vie et qu'ils la ferment et qu'en achetant ils baissent
leurs têtes et leurs frocs car ils ne sont guère plus qu'un troupeau de chiffres détaillés qu'un
ticket absurde que je fixe froid en trouant leurs yeux des miens
insensés
ben oui
ne pas douter c'est aussi stupide
que de se croire maître de sa vie
obus
je suis un obus vivant
un sac explosif foudre
prompte à l'éclatement
doute
je doute immense
et nu en suspens
A.Artaud
"Il y a des cris intellectuels, des cris qui proviennent de la finesse des moelles. C'est cela, moi, que j'appelle la Chair. Je ne sépare pas ma pensée de ma vie. Je refais à chacune des vibrations de ma langue tous les chemins de ma pensée dans ma chair."
(p 146)
A.Artaud, "Oeuvres", Gallimard Quarto
23 juillet 2008
l'âme tirée à quatre épingles
il se présenta tremblant elle
prit un air soyeux et ravi le
matin suivant ils se mirent à
marcher et marchent encore du
lever au coucher ensemble ils
ne comptent pas ils s'aiment.
